Tuesday, May 25, 2021

Les Libanais et Syriens d'Égypte

Les Libanais et Syriens d'Égypte, précurseurs de la « Nahda » arabe aux XIXe et XXe siècles

La grande émigration Syro-libanaise vers l'Égypte, commencée au XVIIe siècle, a pris son essor entre la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe siècle, particulièrement après les massacres commis en 1860 dans la montagne libanaise ainsi qu'à Damas, ce qui entraîne également une très large émigration syrienne.

Au XIXe siècle, l'Égypte devenait plus attirante économiquement, vu les réformes sociales et culturelles effectuées par Mohammad Ali puis Ismaïl Pacha, ainsi que d'autres khédives ou vice-rois, qui voulaient faire de l'Égypte un « coin » d'Europe en Afrique. Alexandrie est devenue à la seconde moitié du XIXe siècle une ville méditerranéenne, européenne, arabe et islamo judéo-chrétienne, concurrente de Marseille et Istanbul, et son port recevait des navires de toutes les parties du monde, garantissant 60 % de l'activité économique égyptienne.

Beirut

 Des centaines de paysans montagnards et de propriétaires terriens libanais, et syriens venus souvent à pied, à dos d'âne ou à bord de petites embarcations, suivis de grandes familles bourgeoises, à majorité chrétienne melkite, puis orthodoxe et maronite, de Saïda, Tyr et Zahlé, Alep, Damas, et Homs, s'installèrent à Alexandrie, à Damiette, à Mansourah, à Tanta et au Caire, travaillant dans l'agriculture et le commerce.

Ces Libanais émigrants possédant d'autres langues que l'arabe furent embauchés dans les grandes sociétés et banques étrangères et développèrent, avec les Égyptiens, les secteurs économiques privés.

Ils réussirent dans les professions libérales, comme comptables, magistrats, avocats, médecins, ingénieurs, entrepreneurs, etc, et certains occupèrent d'importants postes au gouvernement, allant même jusqu'à influencer la politique locale. Le nombre de

Libanais et de syriens d'Égypte, à la fin du XIXe siècle, dépassait les cent mille personnes. 

Le Caire 1950

Les syro-libanais émigrant en Égypte avec des capitaux se sont bien établis et ont investi dans les petites industries de l'huile, de la savonnerie, du tabac, des pâtisseries. D'autres ont fondé de grandes sociétés et industries de sel, de sodium, de textile, de parfum, de bois, de la soie. En 1905, ils furent les pionniers des industries chimiques et du coton en Égypte.

Ils travaillèrent aussi dans le secteur du transport (train et autobus) dans le delta du Nil, établissant des liaisons régulières pour les gens et les marchandises à partir des ports jusqu'aux villages les plus éloignés du désert. 

Dans les villes, ils ouvrirent de grands magasins de nouveautés (prêt-à-porter, produits de beauté.). Certains firent rapidement fortune et construisirent des palais qu'ils habitèrent. Ce succès rapide entraîna, à son apogée, l'ouverture d'églises, d'écoles, de clubs et d'associations de bienfaisance, appuyant les nouveaux émigrants syro-libanais et envoyant des aides au Liban, et en Syrie tout en contribuant au développement de l'Égypte.

Citons parmi ces familles les Athié, Achbaa, Akl, Assouad, Ayrouth, Bakhos, Baz, Béhna, Bitar, Boulad, Boulos, Boustany, Cassir, Chalhoub, Chamy, Chaoul, Chahine, Chedid, Chéhfé, Corm, Dahan, Daher, Debbané, Eid, Eddé, Emad, Farah, Farès, Freige, Gemayel, Gargourra, Habachi, Hachem, Haddad, Haggar, Haïmari, Hakim, Hanneya, Homsi, Hawawini, Hindi, Karam, Khlat, Khouri, Maalouf, Lakkah, Mitri, Mirchak, Motran, Nasser, Naggar, Nouh, Orfali, Pharaon, Tathl, Rohayem, Sakakini, Saab, Sabeth, Sobhani, Sarrouf, Sammanne, Sayegh, Sednaoui, Sursock, Chéhadé, Tadros, Takla, Tagher, Toutounji, Younès, Zananiri, Zeidan, Zein, Zogheb,.

La « Nahda »

À la même époque, le Liban et la Syrie connaissaient une activité intellectuelle intense qui fut à l'origine de la Renaissance de l'arabe, la      « Nahda », basée sur la liberté, la patrie et la langue arabe, dans une perspective de conception de l'arabité suivant des objectifs nationalistes, laïcs et non religieux.

Les écrits des syro-libanais dans les domaines littéraire, culturel, scientifique, pédagogique et philosophique ont été à l'origine de la «Nahda » et un des « maîtres » libanais de toutes ces disciplines a été sans doute Boutros Al-Boustani, né à Debbiyeh dans le Chouf (1819-1883), qui ne quitta jamais le Liban.

La censure ottomane tentant d'étouffer ce nouvel essor, de nombreux intellectuels libanais et syriens prirent le chemin de l'Égypte, où la Renaissance arabe a effectivement vu le jour, avec de grands esprits comme les Égyptiens Taha Hussein (1889-1973), Saad Zaghloul (1859-1927) et son frère Fathi Zaghloul, qui, à travers ses traductions en langue arabe, a introduit la pensée politique et la sociologie occidentales en Orient.


Le Caire 1943

Les syro-libanais d'Égypte ont contribué au développement des courants de la pensée libérale et scientifique avec, notamment : Farah Antoun (1874-1922), intellectuel originaire de Tripoli, fondateur de la revue al-Jamiah (L'université) et auteur de plusieurs livres ; Yacoub Sarrouf (1852-1927), directeur de la revue scientifique al-Muqtataf (Sélection), fondée à Beyrouth en 1876 et transférée au Caire en 1883; Gergi Zeidane (1861-1914), écrivain réformiste de nouvelles et de romans historiques sous forme de feuilletons, fondateur de la revue al-Hilal (Le croissant) en 1892, qui a contribué à l'éducation de plusieurs générations, non seulement en Égypte, mais dans tout l'Orient arabe.



La presse et l'art

Le XIXe siècle fut celui du développement de la presse en Orient, qui avait eu sa première imprimerie en 1697 au Liban, suivi par l'Égypte en

1820. Avec l'imprimerie, la presse révolutionna la société arabe dont l'éveil culturel permit aux élites de débattre de nouvelles idées en approfondissant leur connaissance de l'Europe. Le premier journal officiel en arabe et turc fut el-Waqa'i el-Masria (Les événements égyptiens), apparu en 1828 en Égypte.

El-Rihani

Au Liban, Khalil el-Khoury fonda le premier périodique indépendant arabe, Hadiqat el-Akhbar (Le jardin des nouvelles) en 1858, et Abdel Kader Kabbani Samarat al-Founoun (La production artistique) en 1875, qui seront suivis de plus de cent autres journaux. À la même période, les frères Béchara et Salim Taqla fondèrent (1875) à Alexandrie le célèbre journal al-Ahram (Les Pyramides), transféré au Caire en 1899. Ce journal, conçu de façon moderne, se développa rapidement au niveau régional et international, devenant aujourd'hui l'un des plus grands du monde arabe, avec des versions hebdomadaires française (al-Ahram Hebdo) et anglaise (al Ahram Weekly).

Dans le domaine de l'art, les Libanais et les syriens ont également été prolixes, notamment au théâtre.

La première pièce écrite et jouée en Orient fut al-Bakhil (l'Avare), adaptée de Molière et présentée en 1848, près de la place des Canons à Beyrouth, par le Libanais Maroun al-Naccache, qui devint ainsi le père du théâtre arabe.

Vu les difficultés rencontrées au Liban en raison de l'occupation Ottomane, les Libanais développèrent le théâtre en Égypte, où Georges Abyad, fondateur du théâtre égyptien moderne, créa en 1912 la première troupe arabe professionnelle.

Sans oublier la science de la calligraphie arabe, avec son chantre le professeur Naguib Bey Hawawini, scribe du khédive Fouad 1er, et professeur d'écriture arabe, qui fera le voyage d'Ankhara et participera entre 1920 et 1923 à la traduction de l'écriture arabo-turc en caractère latin, sous la volonté et l'impulsion de modernisation et d'occidentalisation de la Turquie moderne de Kamal Attaturk.

 

Avenue Fouad

La révolution de 1952 en Égypte fit tomber la monarchie, ce qui entraîne un choc au sein de la colonie libanaise, très affectée par ce changement brusque, principalement après 1956. En effet, à cette date-là, la nationalisation nassérienne toucha la classe bourgeoise dans son ensemble, musulmans comme chrétiens.

Des centaines de familles perdirent du jour au lendemain leurs biens personnels, industries, magasins et autres propriétés, saisis par le nouveau gouvernement. Cela provoque une nouvelle grande vague d'émigration vers le Nouveau Monde et l'Australie.

Beaucoup sont cependant restés en Égypte, préservant jusqu'à ce jour les relations égypto-syro-libanaises, plusieurs fois millénaires.

Ces personnes sont très engagées dans la société égyptienne, comme il existe un grand nombre d'Égyptiens et de Syro-Libano-Égyptiens au Liban mais bien peu en Syrie, qui font le pont entre les 3 pays dans les domaines culturels, économiques et politiques.

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